Etude des Textes transmis à Jantel
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29 Novembre 1999

D 29 novembre 1999     H 18:47     A Magloow     C 0 messages


> A propos de Victor Hugo :

Magloow
- Ce n’est pas le poète que l’on vous enseigne à l’école ou au lycée. C’est l’homme éclairé d’après l’exil qui aborde le sens profond de l’existence en marge de toutes les passions politiques, de quelque époque qu’elles se déterminent.

Rappelez-vous que Victor Hugo subit au départ l’influence de sa mère, il fut d’abord monarchiste, puis opta pour le bonapartisme du fait que son père fut général d’Empire avant de devenir socialiste, époque où il écrivit « Les Misérables ».

Toutefois, deuils et exils le conduisirent à remettre en cause le fondement de toutes ces idéologies et à établir cette nuance entre la vie et le mode de vie. Anticlérical, il ne rejeta point pour autant l’existence de quelque chose de suprême évoluant au-dessus de tout. Il s’attela dès lors à rédiger ce que vous avez baptisé la cosmogonie hugolienne.

(Mention « Le Lapidé » à six reprises.)  [1]

Puis :
- Votre mode ordinaire de langage est parfaitement inapproprié pour examiner ces questions de Vérité parce qu’il tente de traiter chaque vérité (démultiplication) comme un fragment séparé, essentiellement fixe et statique dans sa nature. Considérez le mot latin « verus » signifiant « vrai », vous introduirez ainsi la racine verbale « verrate ». [2]

Notes

[1cf Victor Hugo - La légende des siècles - DERNIÈRERIE - IX, LES ESPRITS - IV, LE LAPIDÉ

Celui qui parle ici marchait dans une plaine
Sombre au point qu’un sentier s’y distinguait à peine ;
On entendait un bruit de foudre à l’horizon.

Il vit on ne sait quoi d’affreux dans le gazon ;
Un monceau d’ossements, noir sous un tas de pierres.
Alors, lui, le marcheur qui baisse les paupières,
Il s’arrêta, sévère et triste, et dit à Dieu :

- Dieu ! sous votre ciel calme et dans cet âpre lieu
Où le vent vient gronder et l’apôtre se taire,
Dans ce désert voisin d’Horeb, je vois à terre
Quelque chose qui fut un homme, et qui vivait.
C’était un mage ; il eut debout à son chevet,
Tout le temps qu’il vécut, votre esprit formidable ;
Et votre esprit parlait à son âme ; et le sable,
Et la poussière, et l’eau qui coule du rocher,
N’ont jamais empêché ses pieds nus de marcher ;
Il passait les torrents et traversait les plaines ;
Il était sur la terre une de vos haleines ;
Il parlait au pontife, au scribe, au juge, au roi,
Et sa bouche soufflait sur eux le vaste effroi ;
Il ne ménageait pas non plus la sombre foule ;
Il passait, dispersant sa parole, et la houle
A le même frisson sous la trombe, et le bois
Sous l’orage indigné, que l’homme sous sa voix.
Du moins ce fut ainsi tant que vécut ce mage.
En bas son âme, en haut l’astre, étaient du même âge,
Et le peuple à ses pieds songeait dans la cité
Quand il parlait au gouffre avec fraternité.
Si bien que maintenant le voici dans cette herbe.
Le peuple est trop obscur, le prêtre est trop superbe
Pour se laisser longtemps crier par un passant
Qu’il faut aider le faible et bénir l’innocent,
Qu’il faut craindre l’augure et son sceptre d’érable,
Mais que la vérité surtout est vénérable,
Et que les fils d’Adam doivent se dire entre eux
Qu’il s’agit d’être juste et non pas d’être heureux.
Cet homme était sublime et pur dans ses prières ;
C’est pourquoi, je le dis, le voilà sous ces pierres.
Ce mage a cet amas d’affreux cailloux pour lit,
Qui le tua vivant et mort l’ensevelit.
Certes, l’arbre qui près du cadavre s’élève
A plus d’ombrage ayant à ses pieds plus de sève ;
L’herbe est belle, et les vers de terre sont contents ;
Les loups ont, j’en conviens, à manger pour longtemps ;
L’hyène après la chair rongera le squelette ;
J’entends se réjouir dans l’ombre la belette,
Et le corbeau qui hait votre soleil divin ;
Et l’églantier sauvage en fleur dans ce ravin
A pu boire le sang dont ses roses sont faites.
Est-ce donc à cela que servent les prophètes ?

Et Dieu lui répondit :

- D’abord, c’est à cela.
Il faut que la fleur dise à l’aube : me voilà !
L’arbre existe ; il est bon que l’herbe soit épaisse
Afin que la brebis joyeuse s’en repaisse ;
Le ver de terre a droit de vivre ; et le vautour
Dans le banquet du jour et de l’ombre a son tour ;
Le grand ordre ignoré n’exclut pas la belette
De ceux que la mamelle universelle allaite ;
Et moi qui sais que tout a pour racine tout,
Que, si l’un est couché, c’est que l’autre est debout,
Que l’être naît de l’être, et sans fin se transforme,
Et que l’éternité tourne en ce cercle énorme,
Sans quoi dans l’azur noir les soleils s’éteindraient,
Je ne vois pas pourquoi les prophètes seraient
Dispensés de donner leur chair pour nourriture
À l’affamée immense et sombre, la nature.
Et puis ce lapidé sert encore à ceci :
C’est qu’il te fait songer. L’homme passe, obscurci
Par la nuit, par l’hiver, par l’ombre, et par son âme,
Car il met de la cendre où j’ai mis de la flamme ;
Eh bien, puisqu’il est sourd, et puisqu’il est haineux
À ceux qu’il voit venir ayant mon souffle en eux,
Puisqu’il a son plaisir pour loi, pour dieu son ventre,
Il est bon qu’en venant de jouer dans quelque antre
Ses jours, son bien, son cœur, tout, sur un coup de dé,
Soudain il voie à terre un sage lapidé,
Et qu’il compare, ému d’une terreur sacrée,
Les cadavres qu’il fait aux esprits que je crée.

- Et, poursuivit l’Esprit immense, écoute encor.
Quand, tels que des chasseurs menant au son du cor
Leur meute dans le bois sinistre des ténèbres
Les peuples, devant eux poussant ces chiens funèbres,
Haine, Ignorance, Envie, Orgueil, Rébellion,
Ont traqué mon prophète ainsi que le lion,
Quand ils boivent le sang et le vin dans leurs salles,
Adorant, nains hideux, leurs fautes colossales,
Quand le brûleur, soufflant sur un tas de charbon,
Se dit mon prêtre, et quand le mal leur semble bon,
Les mages inspirés parlent aux multitudes,
Comme le sombre vent, du fond des solitudes,
Mais je n’ignore pas que ce n’est point assez.
Le prophète est bien grand, mais ne peut, je le sais,
Dire les mots divins qu’avec la langue humaine ;
Il sied que le prodige et que le phénomène
Apparaisse, et me nomme aux peuples, oublieux
De tout ce que j’ai mis d’obscur sur les hauts lieux ;
Il faut faire entrevoir à l’homme mon mystère,
L’ordre silencieux doit cesser de se taire,
Et, pour le ciel profond, c’est le moment d’avoir
La clameur rappelant les peuples au devoir ;
Un avertissement farouche est nécessaire ;
Votre terre a besoin qu’un verbe altier, sincère,
Innocent, prenne l’ombre effrayante à témoin ;
Alors il faut quelqu’un qu’on entende de loin
Et qui parle plus haut que la voix ordinaire,
Et c’est un des emplois que je donne au tonnerre.


[2On peut y voir le mouvement de devenir Vrai par opposition au statisme de la Vérité 

 

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