Etude des Textes transmis à Jantel
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Sénèque - lettres à Lucillius

« Apprendre à vivre » - Ed. Arléa - traduction Alain Golomb

D 1er mai 2004     H 19:14     A     C 0 messages


> Avec l’aimable autorisation de Mireille DALBONI qui a transcrit ces extraits en correspondance aux textes :

Les choses les plus utiles ne servent à rien si on en change sans cesse (inconstance).

Le pauvre n’est pas celui qui a peu, mais celui qui en veut toujours plus (insatiabilité).

… à l’intérieur, dissidence totale, à l’extérieur faisons comme tout le monde ! (silence).

Tu cesseras d’avoir peur quand tu auras cessé d’espérer (foi).

Je travaille pour les hommes qui viendront (le prochain).

Le lutteur qui n’a jamais pris de coups est incapable d’arriver au combat avec un moral d’acier (aller à la souffrance).

Il y a ce qui nous tourmente plus que nécessaire, ce qui nous tourmente avant qu’il soit nécessaire, ce qui nous tourmente alors que ce n’est absolument pas nécessaire. Notre douleur, nous l’augmentons, nous l’anticipons, nous l’inventons.

L’une des nombreuses erreurs des imbéciles : ils n’en finissent pas de commencer à vivre (« jeunisme » - refus de l’âge).

Trois raisons d’avoir peu : la pauvreté, la maladie, la violence des puissants.

Trois choses à éviter : la haine, l’envie et le mépris.

Si tu es nu, le voleur te relâche. Même sur les routes infestées de brigands, le pauvre marche en paix.

Le sage regarde, en toutes choses, non le résultat, mais la décision qu’il a prise.

Il est stupide et tout à fait inconvenant qu’un homme cultivé passe son temps à faire jouer ses biceps, à se gonfler l’encolure et à s’élargir la cage thoracique… plus le corps est pesant, moins l’esprit est agile. Il te faut donc restreindre, autant que tu le peux, le temps consacré à ton corps pour t’occuper de ton esprit.

Si tu le peux, soustrais-toi à tes occupations. Sinon, finis-en d’une seul coup. Nous avons assez gaspillé de temps. Sur nos vieux jours, commençons à rassembler nos bagages.

Il est facile d’échapper aux occupations quand on en dédaigne le profit… les hommes n’abandonnent que contraints et forcés ! Le gain de leurs misères, il le chérissent, et leurs misères, ils les maudissent (comment renoncer à de si grandes espérances ? s’en aller en pleine moisson ?)

Tout le monde veille non à bien vivre, mais à vivre longtemps, alors qu’en fait il est donné à tout le monde de bien vivre, mais de vivre longtemps, à personne.

Pourquoi t’étonner si tes voyages ne te sont d’aucun profit ? C’est toi que tu traînes partout ! Ce qui compte, c’est l’état dans lequel tu te trouves et non pas ta destination.

La conscience de la faute est le premier pas vers le salut (Epicure).

… on ne doit parler qu’à celui qui est prêt à entendre. Quel intérêt y-a-t-il à vouloir faire la leçon aux sourds ?

Ce qui importe, c’est l’opinion que tu as de toi-même et non l’opinion que les autres ont de toi. C’est par des moyens vils qu’on se fait aimer des êtres vils.

L’effort est l’aliment des âmes nobles.

Nous devons rechercher quelque chose qui ne se dégrade pas de jour en jour et que rien ne puisse entraver (aller vers le vide).

Voici un comportement salutaire : ne pas fréquenter les gens qui diffèrent de nous et qui poursuivent des objectifs contraires aux nôtres.

Comme il est beau de pouvoir achever sa vie avant de mourir et puis d’attendre sereinement le reste de ses jours sans rien demander pour soi-même.

Se souvenir et savoir sont deux choses différentes. Se souvenir, c’est garder en mémoire. En revanche, savoir signifie assimiler sans dépendre d’un modèle.

Enseigne-moi à faire la différence entre les choses qui se ressemblent. Un ennemi flatteur vient vers moi en ami. Les vices s’insinuent en nous sous le nom de vertus. La témérité se cache sous le titre de courage. La mollesse se fait appeler modération. Le peureux se fait passer pour prudent.

… pas un qui ne vive les yeux rivés au lendemain. Tu me demandes quel mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisions attention, la vie aurait toujours sur nous une longueur d’avance. Mais, comme nous nous attardons, elle passe comme si elle n’était pas à nous et, si le jour dernier l’achève, elle meurt un peu chaque jour.

L’un est esclave de la luxure, l’autre de l’avarice, l’autre encore de l’ambition. Tous esclaves de l’espérance et de la peur. La serviture la plus indigne, c’est la servitude volontaire.

Je m’indigne donc d’autant plus contre ceux qui gâchent l’essentiel de ce temps en superflu, alors que, même soigneusement économisé, il ne suffirait pas au nécessaire.

Le prix de la vie n’est pas dans sa durée, mais dans son usage et il peut arriver, il arrive même très souvent, qu’on ait vécu longtemps mais qu’on ait peu vécu.

… reconnaître ses faiblesses est un signe de santé.

Je te le demande : ne prendrait-on pas pour un crétin fini celui qui trouverait qu’il est plus mauvais pour une lampe d’être éteinte que de n’être pas encore allumée ? Nous aussi, on nous allume, on nous éteint. Entre temps, nous souffrons plus ou moins, mais aux deux extrémités, c’est la tranquillité profonde. La voici, si je ne m’abuse, notre erreur : nous pensons que la mort suit la vie, alors qu’elle l’a précédée et la suivra. Tout ce qui a été avant nous, c’est la mort. Quelle importance, en effet, de ne pas commencer ou de finir, puisque dans les deux cas on en arrive au même point : le non-être !

L’obstacle principal à notre développement c’est que nous sommes facilement contents de nous. Si nous trouvons quelqu’un pour nous déclarer honnête homme, sage, vertueux, nous le croyons… … Notre indulgence à notre égard est telle que nous sommes avant tout friands des éloges que nous méritons le moins.

Ce qui nous coûte cher, ce n’est pas la faim, c’est la convoitise.

Renonçons à vouloir ce que nous avons voulu. Pour ma part, je m’attache à ne pas désirer, vieillard, ce que je désirais enfant.

Veille à ne jamais rien faire contre ton gré. Tout ce qui est contrainte pour celui qui regimbe ne l’est pas pour celui qui accepte (accepter l’inacceptable…).

Ce sont des menteurs ceux qui prétendent que le fatras de leurs affaires les empêchent de se consacrer à l’étude.

A la mort d’un ami, ni les yeux secs, ni les grandes eaux. Il faut pleurer et non pas sangloter. Elle te paraît dure, cette loi que je t’impose ? … C’est que nous cherchons à prouver nos regrets. Nous ne succombons pas à notre douleur, nous en faisons étalage. Personne n’est triste pour soi tout seul - ô imbéciles malheureux que nous sommes ! Même la douleur cherche à se faire remarquer !

Même si tout a déjà été découvert par les anciens, ce qui sera toujours nouveau, c’est l’usage, la connaissance et l’application des découvertes que d’autres ont faites.

Le bien ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. Il n’y a aucun intérêt pour lui à se demander s’il doit se donner la mort ou la recevoir, si elle viendra un peu plus tôt ou un peu plus tard. Il ne la craint pas. Ce n’est pas pour lui une grande perte. Personne n’a grand-chose à perdre d’une eau qui coule goutte à goutte. Mourir un peu plus tôt, un peu plus tard, la belle affaire ! Ce qui compte, c’est de mourir bien ou mal.

Il faut déplier son âme et réviser souvent toutes les connaissances qu’on y a déposées afin qu’elles soient disponibles à chaque fois qu’on en a besoin.

Il ne s’agit pas de faire de la philosophie quand on a du temps libre, mais de se trouver du temps libre pour philosopher. Il faut laisser tomber tout le reste afin de s’y consacrer. C’est qu’elle ne demeure pas au niveau où l’on s’arrête mais, comme un ressort qui se détend pour revenir à sa longueur initiale, la continuité de l’étude se rompt et il faut repartir de zéro.

Ce qui compte, ce n’est pas la quantité de livres, mais leur qualité. Se fixer un programme de lecture est profitable, lire dans tous les sens n’est qu’agréable. Celui qui prétend arriver à destination, qu’il suive une route et pas dix à la fois. Ce serait errer et non avancer.

On n’a aucune peine à se passer de ce qu’on a cessé de désirer.

… nous ne souffrons pas des choses, mais de l’opinion que nous en avons. On n’a jamais que le malheur qu’on croit.

Tu préfères une maladie longue ou bien violente et brève ? Longue, elle offre des trêves, de vastes plages de temps libre et de la même façon qu’elle est venue, il lui faudra bien s’en aller. Une maladie brève et brutale n’admet qu’une seule alternative : s’achever ou nous achever. Qu’est-ce que ça peut faire que ce soit elle qui disparaisse ou moi ? Dans les deux cas, fini de souffrir.

Tu veux savoir mon sentiment sur les « arts libéraux » ? Aucun d’eux n’a pour moi de valeur, aucun ne mérite de figurer parmi les biens véritables : c’est pour de l’argent qu’on les pratique !

Au fond, il n’y a qu’une seule étude vraiment libérale parce qu’elle rend libre : la sagesse, étude pleine de grandeur, de courage et de noblesse. Tout le reste est petit, puéril.

… on m’apprend à ne rien perdre de mes terres (de mes biens). Moi je veux apprendre à tout perdre avec le sourire.

Aujourd’hui debout, demain par terre, ainsi finissent toutes choses. … Tout ce que je sais, c’est que toute œuvre des mortels est condamnée à mort. Nous vivons au milieu de choses périssables.

Aujourd’hui, comme elles se sont multipliées nos misères de santé ! Nous payons le prix de plaisirs convoités sans mesure, sans respect de quoi que ce soit. Nos maladies sont innombrables. Cela t’étonne ? Compte nos cuisiniers !… Je te passe cette meute de pâtissiers, de serveurs qui, au premier signal, se ruent dans tous les sens pour vous servir. Justes Dieux ! combien d’hommes fait mouvoir un seul ventre !

Ta vessie te fait mal et trouble ton repos ? De mauvaises nouvelles au courrier ? Allons plus loin : tu crains pour ta vie ? Comment ? Tu ne savais pas que tu te souhaitais tout cela en souhaitant vieillir ? Voilà ce qu’on trouve dans une vie qui dure, comme en un long voyage la poussière, la boue, la pluie.

Il s’appuie sur des bases fragiles, celui tire sa joie de ce qui vient du dehors. La joie est entrée ? Elle sortira. Mais celle qui nait de soi est fidèle et solide.

On peut se garder des coups du sort en étant capable de les endurer.

Tous les biens dont tu te déclares le maître sont chez toi, non à toi. … On nous arrache ce que nous avons, jamais ce que nous avons eu.

Quelle folie de se lancer dans de grandes espérances ! « J’achéterai, je construirai, je prêterai, j’exigerai mon dû, j’exercerai des charges. Enfin, lassé, rassasié de jours, je prendrai ma retraite.

Ce qui compte, c’est de vivre bien, pas de vivre longtemps. Et souvent le bien, c’est justement que la vie ne dure pas longtemps.

Ce jour que tu redoutes comme le dernier, c’est celui de ta naissance à l’éternité. Dépose ton fardeau.

Considérons que tout ce qui arrive devait arriver et évitons de nous en prendre à la nature. Le mieux à faire, c’est de supporter ce qu’on ne peut corriger et de collaborer avec Dieu, auteur de toutes choses.

 

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