Vous êtes ici : Accueil » Textes connexes et commentaires divers » LE CRAPAUD
+Editez l'article au format .pdf pour l'imprimer : Enregistrer au format PDF
 

LE CRAPAUD

D 18 novembre 2004     H 07:26     A Victor Hugo     C 3 messages


Que savons-nous ? Qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C’était la fin d’un jour d’orage, et l’occident
Changeait l’ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d’une ornière, au bord d’une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l’horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
Hélas ! le bas-empire est couvert d’Augustules,
Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils.)
Les feuilles s’empourpraient dans les arbres vermeils ;
L’eau miroitait, mêlée à l’herbe, dans l’ornière ;
Le soir se déployait ainsi qu’une bannière ;
L’oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s’apaisait, dans l’air, sur l’onde ; et, plein d’oubli,
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni ;
Pas de bête qui n’ait un reflet d’infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L’éclair d’en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux.
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant lui mit son talon sur la tête ;
C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l’oeil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle ;
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
- J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ; -
Tout homme sur la terre où l’âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
On a le jeu, l’ivresse et l’aube dans les yeux,
On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
De petits hommes gais, respirant l’atmosphère
A pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire
Sinon de torturer quelque être malheureux ?
Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.
C’était l’heure où des champs les profondeurs s’azurent ;
Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l’aperçurent
Et crièrent : "Tuons ce vilain animal,
Et puisqu’il est si laid, faisons-lui bien du mal !"
Et chacun d’eux riant, - l’enfant rie quand il tue, -
Se mit à le piquer d’une branche pointue,
Elargissant le trou de l’oeil crevé, blessant
Les blessures, ravis, applaudis du passant ;
Car les passants riaient ; et l’ombre sépulcrale
Couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle,
Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait
Sur ce pauvre être ayant pour crime d’être laid ;
Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;
Un enfant le frappait d’une pelle ébréchée ;
Et chaque coup faisait écumer ce proscrit
Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,
Même sous le grand ciel, rampe au fond d’une cave ;
Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »
Son front saignait, son oeil pendait ; dans le genêt
Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait ;
On eût dit qu’il sortait de quelque affreuse serre ;
Oh ! la sombre action, empirer la misère !
Ajouter de l’horreur à la difformité !
Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,
Il respirait toujours ; sans abri, sans asile,
Il rampait ; on eût dit que la mort difficile
Le trouvait si hideux qu’elle le refusait ;
Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,
Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;
L’ornière était béante, il y traîna ses plaies

Et s’y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,
Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,
Lavant la cruauté de l’homme en cette boue ;
Et les enfants, avec le printemps sur la joue,
Blonds, charmants, ne s’étaient jamais tant divertis ;
Tous parlaient à la fois, et les grands aux petits
Criaient :"Viens voir ! dis donc Adolphe, dis donc Pierre,
Allons pour l’achever prendre une grosse pierre !"
Tous ensemble, sur l’être au hasard exécré,
Ils fixaient leurs regards, et le désespéré
Regardait s’incliner sur lui ces fronts horribles.
- Hélas ! ayons des buts mais n’ayons pas de cibles ;
Quand nous visons un point de l’horizon humain,
Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. -
Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;
C’était de la fureur et c’était de l’extase ;
Un des enfants revint, apportant un pavé,
Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,
Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »
Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,
Le hasard amenait un chariot très lourd
Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;
Cet âne harassé, boîteux et lamentable,
Après un jour de marche approchait de l’étable ;
Il roulait la charrette et portait un panier ;
Chaque pas qu’il faisait semblait l’avant-dernier ;
Cette bête marchait, battue, exténuée ;
Les coups l’enveloppaient ainsi qu’une nuée ;
Il avait dans ses yeux noyés d’une vapeur
Cette stupidité qui peut-être est stupeur,
Et l’ornière était creuse, et si pleine de boue
Et d’un versant si dur que chaque tour de roue
Etait comme un lugubre et rauque arrachement ;
Et l’âne allait geignant et l’ânier blasphémant ;
La route descendait et poussait la bourrique ;
L’âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,

Dans une profondeur où l’homme ne va pas.
Les enfants entendant cette roue et ce pas,
Se tournèrent bruyants et virent la charrette :
"Ne mets pas le pavé sur la crapaud. Arrête !
Crièrent-ils. Vois-tu, la voiture descend
Et va passer dessus, c’est bien plus amusant."
Tous regardaient. Soudain, avançant dans l’ornière
Où le monstre attendait sa torture dernière.
L’âne vit le crapaud, et, triste, - Hélas ! penché
Sur un plus triste, - lourd, rompu, morne, écorché,
Il sembla le flairer avec sa tête basse ;
Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;
Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant
Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,
Résistant à l’ânier qui lui criait : Avance !
Maîtrisant du fardeau l’affreuse connivence,
Avec sa lassitude acceptant le combat,
Tirant le chariot et soulevant le bât,
Hagard, il détourna la roue inexorable,
Laissant derrière lui vivre ce misérable ;
Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.
Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,
Un des enfants - celui qui conte cette histoire -
Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,
Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !
Bonté de l’idiot ! diamant du charbon !
Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !
Les célestes n’ont rien de plus que les funèbres
Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,
Songent, et, n’ayant pas la joie, ont la pitié.
O spectacle sacré ! l’ombre secourant l’ombre,
L’âme obscure venant en aide à l’âme sombre,
Le stupide, attendri, sur l’affreux se penchant ;
Le damné bon faisant rêver l’élu méchant !
L’animal avançant lorsque l’homme recule !
Dans la sérénité du pâle crépuscule,

La brute par moments pense et sent qu’elle est soeur
De la mystérieuse et profonde douceur ;
Il suffit qu’un éclair de grâce brille en elle
Pour qu’elle soit égale à l’étoile éternelle ;
Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,
Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,
Fait quelques pas de plus, s’écarte et se dérange
Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,
Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,
Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.
Tu cherches, philosophe ? O penseur, tu médites ?
Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
Crois, pleure, abîme-toi dans l’insondable amour !
Quiconque est bon voit clair dans l’obscur carrefour ;
Quiconque est bon habite un coin du ciel. O sage,
La bonté, qui du monde éclaire le visage,
La bonté, ce regard du matin ingénu,
La bonté, pur rayon qui chauffe l’Inconnu,
Instinct qui dans la nuit et dans la souffrance aime,
Est le trait d’union ineffable et suprême
Qui joint, dans l’ombre, hélas ! si lugubre souvent,
Le grand ignorant, l’âne, à Dieu le grand savant.

 

Mots-Clefs

Dans la même rubrique

10 octobre 2019 – STANCES À L’EXISTENCE

5 avril 2017 – LES FILLES DE LA RAISON

24 mars 2016 – Commentaires à l’intervention de Zilder du 29 février 2016

22 juillet 2014 – Aspects de la prise de conscience et du rejet chez les mues évolutives

9 mai 2011 – Réponse à la question sur la contrôlabilité des « flux directionnels »

6 mai 2011 – Croquis préparatifs

7 avril 2011 – Réponse à la question sur un sentiment de manipulation

3 avril 2011 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque) - fin

3 avril 2011 – Le livret du VDO - pages 29 à 33

3 avril 2011 – Explications des chansons du VDO - fin

13 février 2011 – Le livret du VDO - pages 71 à 76

31 janvier 2011 – Les dialogues du Voyageur de l’Orage - pages 23 à 18

31 janvier 2011 – Présentation des chansons des pages 71 à 76 du VDO

10 janvier 2011 – Réponse aux questions sur le rire de Virgins et les activités de Mme Dany

8 janvier 2011 – VDO - pages 63 à 70 du livret

5 janvier 2011 – Poursuite de la diffusion du VDO - dialogues 2e époque - p18 à 22

29 décembre 2010 – Réponse aux questions posées suite au texte de Mme Dany du 12 décembre 2010 (2)

29 décembre 2010 – Tampon encreur

18 décembre 2010 – Réponse aux questions posées suite au texte de Mme Dany du 12 décembre 2010 (1)

29 novembre 2010 – Le Voyageur de L’Orage - dialogues des neuvième et dixième tableaux

24 novembre 2010 – VDO - pages 56 à 62 et les chansons correspondantes

26 octobre 2010 – LA VERACITE DU MOT REVIE (3) (1re partie)

15 octobre 2010 – LA VERACITE DU MOT REVIE (Suite)

15 octobre 2010 – Eléments de réponse concernant la question sur la compatibilité (ou non) des « Textes » des Visiteurs de l’Espace- temps avec le Christianisme

11 octobre 2010 – La véracité du mot « Revie »

21 septembre 2010 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque) - suite (pages 50 à 55)

20 septembre 2010 – Dialogues du VDO - pages 11 à 14

15 septembre 2010 – Petits résumés accompagnant habituellement les chansons

26 juin 2010 – Petite étude visant à développer « l’étrange retour de Zidane » (article antérieur rédigé en août 2005)

26 juin 2010 – ENFANTS DE MAI 68

30 mai 2010 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque) - suite des dialogues (pages 49 à 54)

22 mai 2010 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque) - suite (pages 43 à 48)

21 mai 2010 – LE COMPLEXE DE BABINET

1er mai 2010 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque) - suite des dialogues (pages 49 à 54) - en texte

18 avril 2010 – Le Voyageur de l’Orage (2e époque)

11 avril 2010 – Réponse à la question posée par Yoyo sur le Texte du 5 juillet 2010

30 mars 2010 – A PROPOS DE LA PARTITION DE LA CHANSON « A FERRAT »

23 mars 2010 – A propos de l’Hommage à Jean Ferrat

16 mars 2010 – Hommage à Jean FERRAT

15 février 2010 – VDO - Les dialogues (1re époque) = en texte

14 février 2010 – Le Voyageur de l’Orage (dialogues 1re époque)

3 février 2010 – La passion : ce qu’elle génère (entre amour et haine) dans la spiritualité

1er février 2010 – Après cette petite « escapade » non prévue

21 janvier 2010 – Personnages du Voyageur de l’Orage

8 janvier 2010 – Les dernières pages de la première époque du Voyageur de l’Orage

4 janvier 2010 – A PROPOS DU DESSIN DE PAUL QUILIQUINI INTITULE « L’ULTIME EXISTENCE DRUIDIQUE DU SAGE RASMUNSSEN. »

21 décembre 2009 – A propos du « choix » et de nos capacités en la matière

12 décembre 2009 – VDO - pages 27 à 31 et les chansons correspondantes

8 décembre 2009 – Quelques lignes concernant l’absence des dialogues

7 décembre 2009 – Quelques lignes en réponse à une anecdote racontée par Bertrand

3 décembre 2009 – A propos de « Qui donc fait quoi ? »

20 novembre 2009 – A l’attention de Bertrand et Isabella, au sujet de leurs interrogations sur le Futur

16 novembre 2009 – Après une longue semaine d’isolement... la suite du VDO

2 novembre 2009 – Réponse de M. Pantel sur l’espace et le temps

29 octobre 2009 – Réaction de M. Pantel au forum de son article

19 octobre 2009 – Réponse aux questions d’Isabella, Uranus et Yoyo

2 octobre 2009 – Le Voyageur de l’Orage 3

24 septembre 2009 – Réponse aux dernières interrogations figurant sur le site

17 septembre 2009 – Le Voyageur de l’Orage - suite 2

11 septembre 2009 – Réponse à la question posée par Isabella le 8 septembre 2009

9 septembre 2009 – Réponse de M. Pantel à une question de Bertrand

3 septembre 2009 – Lettre ouverte à qui cherche à comprendre les Textes

12 août 2009 – Le Voyageur de l’Orage - suite 1

29 juillet 2009 – L’Amour divin

24 juillet 2009 – ALLOCUTION DE LA PENSEE

23 juillet 2009 – La Pensée

20 juillet 2009 – Le Voyageur de l’Orage - présentation

17 juillet 2009 – Le Voyageur de l’Orage - lettre

9 juillet 2009 – Quand

29 juin 2009 – Extrait du chapitre 3 du tome III des Visiteurs de l’espace-Temps

26 juin 2009 – Réponse sur la durée d’un cyclique + texte de la chanson « L’Hymne à la terre »

25 juin 2009 – SAIS-TU BIEN ?

24 juin 2009 – Lettre du 24 juin 2009

11 juin 2009 – Chapitre 2 du Tome III des V.E.T. + lettre d’accompagnement

23 mars 2009 – Lettre ouverte du 23 mars 2009

2 juillet 2008 – Commentaires extraits de la narration effectuée par la petite héroïne Allie, au cours de la série « DISPARITION »

6 mai 2008 – SONNET POUR UNE DESTINEE + ABYSSE + SONNET A JANTEL

5 janvier 2008 – PORTRAIT

19 avril 2005 – Le serment de M. Bernard Bidault

27 décembre 2004 – A propos de la communication du 3 décembre 2004

19 novembre 2004 – Lettre et serment

18 novembre 2004 – LE CRAPAUD

18 novembre 2004 – LE SOMMEIL DU CONDOR

17 novembre 2004 – L’âne

9 septembre 2004 – Non pas convaincre mais transmettre

1er mai 2004 – Sénèque - lettres à Lucillius

19 avril 2004 – DEUX DIFFERENTES MANIERES D’AIMER

19 avril 2004 – ABIME

15 juillet 1975 – Entretiens inauguraux avec les voix retranscrits dans le livre

31 décembre 1973 – Des débuts à l’année 1973

3 Messages

  • En écho à ce touchant poème


  • Espérant que le fichier « jpg » précédent soit bien passé, je ne peux que vous proposer pour la circonstance, la revisite en suite logique à ce magnifique poème de V. HUGO, cet autre splendide prosopopée de Sieur JC PANTEL, souhaitant vivement qu’elle ne fasse pas office de sombre présage, bien que « presque » tout nous y prédispose : « QUAND » http://www.jantel.org/spip.php?arti...


  • Alors, en écho à l’écho de Lucius :

    LES BLOCS ERRATIQUES

    L’homme, semblable en tout au globe qu’il habite, A-t-il, comme ce globe, à décrire une orbite, Et chaque époque en lui, comme sur son berceau, Laisse-t-elle, en fuyant, la marque de son sceau ?

    Les Blocs Erratiques, Jules LEFÈVRE-DEUMIER

    En des tons bleus et blancs, nuance grise acier, Naguère se mouvaient d’immenses glaciers Dont la course et la fonte, aux vallées fantastiques, Déposaient, ça et là, force blocs erratiques ; Ces blocs, dont la science a tôt fait de comprendre La moraine charriée que le temps fit descendre, Me donnent l’occasion soudain de transposer La chose en nos Destins, d’une plume amusée :

    Dès lors, sachez-le bien, à l’image du roc Que déplaçait, d’antan, quelque lointaine époque, Nous sommes, nous aussi, la proie de ce Voyage Car nous venons « d’Ailleurs », fragments, d’âges en âges, Déchus en l’ici-bas d’une âpre Destinée Ad vitam aeternam, trop vite, répétée…

    Amis, la religion en fit, par le passé La Transmigration des âmes du Léthé Après que ses eaux bues, la fatale amnésie Nous cache ces rebuts que nous fûmes jadis ! Nous, dont l’ancien enfer, et pour un autre encore, S’adonna à l’Oubli, au défilé des corps, Des adieux concédés maintes fois au Néant Sans ré-escalader, du souvenir, le Temps…

    Oui, nous qui ne savons avoir déjà vécu, Nonobstant phénomène appelé « déjà-vu » Lequel, dans un décor, un rêve, ô parenthèses ! Nous laissait entrevoir cette sage hypothèse Que d’un lieu visité étions auparavant Comme d’un inconnu une venue d’avant…

    Ô mes amis, croyez ce qui n’est point légende ! Je ne suis de ces fous, de ces gourous qui vendent Un savoir moyennant monnaie, contrepartie : La ressuscitation n’est point une folie, Le délire inventé d’un folklore, d’un mythe, Une lueur perçant un placard plein de mites !

    Sois mon garant, poète, oui viens à ma rescousse, Viens-t-en à mon secours, j’ai la foule à mes trousses Cherchant à condamner une hérésie nouvelle, La rationalité lui faisant la part belle !

    Viens me sauver, génie, de leurs griffes, leur fièvre, Toi, l’écrivain maudit, Deumier Jules-Lefèvre ! Parle-leur, à voix basse, ô murmure d’Amour, De ces effacements, sempiternels retours, D’antérieures vies tues, éteintes à jamais, Comme fait sur l’ardoise une éponge à la craie, Dont on ne se souvient, pertes, trous de mémoire Radiant de nos cerveaux les hontes et les gloires !

    Dis-leur que fond la neige au grand soleil d’été Et qu’il en est de même, aussi, pour les glaciers, Raconte-leur que tout, en le Cycle des Choses, Subit le long dégel de la Métamorphose ! Aussi, le souvenir s’efface en nos consciences : Là, dans cette montagne, en son glaçon immense, Le fleuve d’eau transi par le froid des hivers Laisse place aujourd’hui à un joli pré vert Où la flore et la faune aiment, cœurs épanouis…

    Dis-leur à tous ces gens criant : « Supercherie ! » Que, dans le mouvement qui les ramène alors, Provenant d’autres parts, planétaire transport, Chaque homme un jour renaît d’un Espace Lointain D’où l’Éternelle Neige, en des pics cristallins, Décida, un beau jour, sous des rayons suprêmes, Que glisse en l’ici-bas un morceau d’elle-même !

    Il existe des faits que rien ne remémore, Si le flocon demain, puis la pluie, s’évaporent, La foule, alors sereine, un peu rassérénée, Saura qu’un souvenir, hier, dut s’effacer : Celui d’avoir vaincu les plus hauts des sommets Que cristallise Dieu en ses monts étoilés…

    Aussi, ni pierre en main, ni aux lèvres d’injures, La multitude, en proie au pardon sans parjure, Au nom des continents engloutis et des mers, Comprendra le vouloir du Divin Univers : Tout retombe des nues, tout renaît de ses cendres, Et le bloc, arraché aux Alpes, sans esclandre, Après avoir sombré dans l’océan profond Coiffera à nouveau le grandiose Horizon !


Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
Ajouter un document

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves
  • 16 janvier 2016
     Décès de Régis B.

    Le grand ami de Jean-Claude , Régis B. nous a quittés récemment . C’est lui qui transmettait les Textes . Que tous ceux ou celles qui l’ont connu aient une petite pensée pour cet homme discret mais engagé . Toutes nos condoléances à sa merveilleuse épouse Annie (...)

  • 24 juillet 2014
     Note de webmestre : Google est parfois plus...

    Note du webmestre : Google est parfois plus performant que le moteur de recherche du site à cause de sa souplesse inégalée ; il suffit de demander un mot ou une expression à la page http://www.google.fr/advanced_search++cs_INTERRO++hl=fr en ajoutant la référence « jantel.org » dans la case demandée pour le (...)

  • 23 juillet 2014
     Autres sites intéressés par « Jantel »

    Je rappelle les sites d’Esperluette : http://vdo-jantel.over-blog.com http://www.jantel-esperluette.com/ http://jantel-les-vet1.over-blog.com/

  • 11 septembre 2013
     Le pianiste Gilbert Pagano nous a quittés ce...

    Le pianiste Gilbert Pagano nous a quittés ce mercredi 11 Septembre 2013 à l’âge de 70 ans. Que tous ceux et celles qui l’ont connu aient une petite pensée pour lui. Voir le site d’Esperluette : http://www.jantel-esperluette.com