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Deux differentes manières d’aimer

D 19 avril 2004     H 19:57     A Victor Hugo     C 0 messages


Une femme se hâte en une rue étroite ;
Elle regarde à gauche, elle regarde à droite,
Et marche. S’il faisait moins sombre au firmament,
On pourrait à ses doigts distinguer vaguement
Le cercle délicat des bagues disparues ;
Son pied blanc n’est pas fait pour le pavé des rues ;
Elle porte un long voile aux plis égyptiens
Plein de rayons nouveaux et de parfums anciens ;
Jeune et blonde, elle est belle entre toutes les femmes ;
Elle a dans l’œil des pleurs semblables à des flammes ;
C’est Madeleine, sœur de Lazare. Elle court.
Près de son pas céleste un oiseau serait lourd.
Où va-t-elle ? Il est nuit, et personne ne passe.
Une lumière brille en une maison basse.
Une autre femme, grave, est debout sur le seuil,
Son front est gris ; elle est sévère sans orgueil,
Douce comme un enfant et grande comme un sage.
Elle pleure et médite ; on voit sur son visage
L’âpre acceptation du sacrifice noir ;
On dirait la statue en larmes du devoir ;
Le cœur tremblant s’appuie en elle à l’âme forte ;
C’est la mère. Elle a l’air de garder cette porte.
Madeleine l’aborde, et presque avec des cris
Lui parle, et s’épouvante, et tord ses bras meurtris.

- Mère, ouvre-moi. Je viens. Il s’agit de sa vie.
Me voici. J’ai couru de peur d’être suivie.
On creuse l’ombre autour de ton fils. Je te dis
Que je sens fourmiller les serpents enhardis.
J’ai connu les démons, du temps que j’étais belle ;
Je sais ce que l’enfer met dans une prunelle ;

Je viens de voir passer Judas ; cela suffit.
C’est un calculateur de fraude et de profit ;
C’est un monstre. Ouvre-moi, que j’entre chez le maître.
Le temps presse. Il sera trop tard demain peut-être.
Il faut que ce soir-même il fuie, et que jamais
Il ne revienne ! O mère ! et, si tu le permets,
Je vais l’emmener, moi ! Ces prêtres sont infâmes !
Manquer sa mission, ne point sauver les âmes,
Que nous importe, à nous les femmes qui l’aimons !
Il sera mieux avec les tigres dans les monts
Que dans Jérusalem, avec les prêtres. Mère,
Qu’il renonce au rachat des hommes, sa chimère,
Qu’il fuie ! Oh n’est-ce pas ? Nous baisons ses talons,
Et qu’il vive, voilà tout ce que nous voulons.
Ces juifs l’égorgeront ! Demande à ma sœur Marthe
Si c’est vrai, si ce n’est pas nécessaire qu’il parte.
Laisse-moi l’arracher à son affreux devoir !
Oh ! Te figures-tu cela, mère ? le voir
Saisi, lié, tué peut-être à coups de pierre !
O Dieu ! le voir saigner, lui ce corps de lumière !
Ouvre-moi. Je sais bien qu’il est dans la maison
Puisque je vois sa lampe à travers la cloison.
O mère, laisse-moi l’implorer pour que vite
Il s’en aille et s’échappe et qu’il prenne la fuite !
A quoi songes-tu donc que tu ne réponds rien ?
Si tu veux, à nous deux nous le sauverons bien !
Veux-tu te joindre à moi pour arracher notre ange
Au gouffre monstrueux de ce devoir étrange,
Aux bourreaux, à Judas, son hideux compagnon ?
La mère en sanglotant lui fait signe que non.

 

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